Sa vie, son oeuvre

Reconnu à son époque comme un des meilleurs artistes de Suède- August Strindberg dira de lui qu'il fut "le meilleur peintre de la Suède", Allan ¨Österlind à travaillé toute sa vie en France, brossant des paysages,des scènes de genre, des portraits, en Bretagne, dans la vallée de la Creuse, dans le midi, et aussi en Andalousie. 

Venu en France, comme nombre d’artistes scandinaves dans les années 1875-1885, pour y apprendre la sculpture puis la peinture de plein air, Österlind y restera. Il y fondera une famille, et s'insèrera dans la société française, plus particulièrement parisienne où sa bonne connaissance du français et son charme lui ouvriront bien des portes

Aquarelliste audacieux, et considéré alors comme un maître inégalé en la matière, il ne reculera pas devant les grandes tailles, tel le Portrait de Rodin dans son atelier. Il saura utiliser toute la technique de la peinture pour représenter des scènes de genre riches de vie, mais aussi des paysages, ainsi que des portraits. Dessinateur et graveur fin et précis, il mettra en valeur le mouvement dans des eaux fortes et des aquatintes. 

Il exposera régulièrement à la Société Nationale des Beaux Arts, à la Société Moderne des Beaux-Arts, et à partir de 1905, au Salon annuel de la gravure originale en couleur. La France lui décernera plusieurs distinctions artistiques ainsi que la Légion d'honneur.

Son oeuvre peint, d'une exécution parfaite et d'un charme raffiné, est conservé dans de nombreuses collections publiques, en France, Suède et Finlande.

Ses trois enfants s'inscriront dans son sillage artistique : Annette (1882-1954), dessinatrice de mode et de costumes de théâtre, Anders (1887-1960), paysagiste, Yves (1892-1937), peintre. Son petit-fils Nanic (1909-1943), excellera dans la gouache. 

Le plus vieux suédois de Paris

Suédois il est né, suédois il restera, s'impliquant sa vie durant dans la vie artistique de son pays natal. Il rejoint la colonie des "Opposants", ces jeunes artistes scandinaves en rupture avec l'enseignement académique de leur pays, venus apprendre la "claire peinture" à Paris. Avec eux, il peint sur le motif à Barbizon, Grez-sur Loing ou Lyons-a-Foret. Il noue des liens serrés avec Ernst Josephson, Per Ekström, Ville Vallgren, Christien Skedsvig, August Strindberg.

Il est membre de plusieurs sociétés artistiques suédoises, il fait des séjours à Stockholm, y prend part à des expositions, notamment en 1885, tournant dans l'art moderne du pays. Il est reconnu comme un des meilleurs artistes suédois. c'est en tant que suédois, qu'il participe à l'exposition universelle de 1889 à Paris, où il obtient une médaille d'argent. Il entretient des liens avec le prince Eugen, les mécènes Furstenberg et Antelle, et le galeriste Güsta Ölson. Mais, l'éloignement du sol natal aidant, ces rapports se distendent progressivement. Dans les années 20, son nom s'efface du paysage des "Grands suédois" dont s'enorgueillit le pays.

Breton et creusois de coeur

Österlind s'insère aisément dans la société française, notamment parisienne où il côtoie les milieux artistiques, littéraires, de la presse, du théâtre et de la politique. Mais, ce bohème élégant à l'humeur vagabonde, ne cesse de faire des allées et venues entre la capitale et ses régions de coeur :

  • la côte bretonne, à Tréboul, Loguivy et Bréhat, où il fréquente le groupe de Pont Aven
  • la vallée de la Creuse, où il rencontre Monet, et se fait de nombreux amis : Armand Guillaumin, Fernand Maillaud, Henry Jamet, Maurice Rollinat
  • le midi, à Cagnes sur mer, où il est voisin d'Auguste Renoir
  • l'Andalousie d'où il rapporte des éléments pour ses gravures et aquatintes.

Un portraitiste raffiné

A l'huile, au dessin ou à la pointe sèche, Allan Österlind ne cesse de brosser des portraits de ses contemporaines : sa femme Eugénie, ses enfants, ses voisins, ses amis, tels de sculpteur Ville Vallgren (musée de Porvoo), le poète Maurice Rollinat (musée de Chateauroux, ou encore le roi Oscar II

Ville Valgren, sculpteur finlandais  1879. HST 40x30 cm. Musée Valgren, Porvoo, Finlande.

Femme à la toilette. Gravure (39 x 28 cm), Collection privée
SBD

Jeune femme à la rose. Dessin (38 x 26 cm), Coillection privée. SBD

Le peintre de paysages et de scènes de genre

A l'huile, s'il pratique avec bonheur e paysage, Allan Österind excelle dans les scènes de genre. Il se fait remarquer pour des grandes toiles de naturalisme campagnard dans l'esprit de Jean-François Mille. Guillaume Apollinaire dira de sa toile "Les servantes" (1913, musée de Cambrai) : " Je goûte avant tout (...) la toîle d'Österlind, d'un métier siple, large, d'une précision si indépendante.3

L'aquarelliste audacieux

Reconnu pour ses coloris, Alla Österlind ne recule pas devant les grandes toiles. Lors de l'exposition universelle de 1889, il expose six aquarelles, dont "Rodin peignant la Porte de l'Enfer" (musée Atenéum d'Helsinki), et reçoit une médaille d'argent. Il fonde une association d'aquarellistes.

L'extrême finesse du graveur

Dans les années 1900, sans délaisser la peinture, Allan  Österlind se lance dans l'eau forte en couleurs. Il adapté à l'estampe des oeuvres peintes antérieurement, dans une volonté de les diffuser. Il se consacre aussi à la gravure traditionnelle. De ses voyages en Andalousie, il rapporte une abondantes moisson d'aquarelles et de dessins qui lui serviront à réaliser de nombreuses de gitanes.

Pour aller plus loin, chronobiographie

1855-1877 De la naissance à l’arrivée en France

1855 - Naissance, le 3 novembre, d’Erik Allan Auguste Österlind, dit Allan Österlind, à Stockholm (Suède), fils de Per August Österlind et de Johanna Petranella Skoog, notables suédois.

1873-1883 Elève sculpteur - Débuts en peinture - Rencontres décisives

.1873 à 1875 – Après une préparation à « l’école des principes », il est élève sculpteur à l'Académie royale des arts de Stockholm.

1876 - 1879 –  Part pour Paris et l’Ecole des beaux-arts, dans l'atelier du sculpteur Pierre-Jules Cavelier. Celui-ci l'oriente vers le dessin et la peinture. Ses étés se passent à Barbizon et Grez-sur-Loing en compagnie d'autres jeunes artistes scandinaves adeptes de « Claire peinture » : Ville Vallgrens, Carl Hill, Per Ekström, Erikson, et encore Walberg, Törna, Hugo Birger et d’autres encore, parfois aussi, le docteur et écrivain Axel Munthe.

Portrait d'Allan Österlind, élève sculpteur, par E. Josephson. Vers 1879. Stockholm National Museum

1879 –  Rencontre Joséphine Eugénie Carré (1862-1916) avec laquelle il aura trois enfants : Anna Celina (1882-1953), Anders Örm (1887-1960), Yves (1892-1937).

1880 – Première exposition. Son ami Ernst Josephson réalise son portrait en élève sculpteur.

1882 – Séjourne à Carolles (Manche) où naît sa fille Anna-Célina, dite Annette.

1883 – Rencontre en Bretagne Armand Dayot, futur inspecteur des Beaux-Arts, qui aura un rôle significatif dans son introduction dans les milieux artistiques de la capitale. Participe au concours de l’académie Julian.

1884 – 1889 : membre actif des "Gars de Paris"– Premiers séjours dans la vallée de la Creuse et en Bretagne – Reconnaissance artistique.

1884 à 1887 – Prend part aux réunions des « gars de Paris » pour organiser le mouvement des Opposants à l’Académie des Beaux-Arts suédoise Il y noue des liens serrés avec Ernst Josephson, Per Ekström, Ville Vallgren, Christian Skedsvig, August Strindberg et le prince Eugen de Suède. En 1886,  il participe, à Stockholm, à l'exposition « Depuis les rives de la Seine », qui  marque un tournant dans l’histoire de l’art moderne suédois. En 1887, il devient membre de la Fédération des artistes suédois, issue des Opposants et initiatrice d’expositions en Suède et à l’étranger. Il expose à Göteborg, « Un accident au village », toile peinte en CreuseIl restera fidèle à ce mouvement et ces artistes, en particulier, à Ernst Josephson — qu'il emmènera peindre avec lui en Bretagne et en Creuse — et à August Strindberg qu'il recevra régulièrement à sa table parisienne et qu'il soutiendra jusqu'à son procès..

1886 - 1887  – Premiers séjours en Bretagne et dans la vallée de la Creuse : à Tréboul, où il retrouve Louise Breslau ; à Gargillesse, où il réalise la grande toile « La veillée mortuaire », achetée par l’État au Salon de 1887. ..

1887 – Naissance de son fils Örm (Anders) à Lépaud (Indre). Eté en Bretagne. Se voit décerner une mention honorable lors du Salon de la Société des artistes français, où il présente « Le baptême » (Athenaum d’Helsinki), et « La veillée mortuaire » (musée de Charleville). Durant toutes ces années, vend aussi en Suède, par le truchement de son père, ou de son frère Emil.

1888 – Rapatrie en Suède Josephson sombrant dans la folie. Armand Dayot propose à Rodin qu’Österlind fasse son portrait « « Mon cher ami, ... j’ai fourré dans ma caboche de Breton l’idée que mon ami Osterlind,… , fera votre portrait dans votre atelier, avec votre paletot de velours bleu, et que votre portrait figurera au Musée du Luxembourg, ... ». Expose  « Fin de journée », toile peinte à Bréhat, au Salon de la Société des artistes français.

1889 – Mariage avec Joséphine Eugénie Carré, mère de ses enfants. Rencontre Monet lors d'un séjour en Creuse. Réalise un portrait de Rodin : « Cher Maître, Je suis rempli de joie devant la faveur que vous me faîtes Je viendrai demain dimanche disposer un peu la chose et voir comment faire le dessin. (… ) Enfin, je ne vous embêterai pas trop et vous me mettrez à la porte quand vous voudrez. ». Lors de l'Exposition universelle, où les Scandinaves sont fortement présents, il expose sept aquarelles dont le Portrait de Rodin, et deux huiles, le Baptême et Mal de dents. Reçoit une médaille d'argent. Et la Gazette des Beaux-Arts le qualifie de « conteur délicat du « baptême » et de « charmant humoriste du mal de dents ».

Annette et sa mère Eugénie Österlind. 1886

Maurice Rollinat et son chien dans l'âtre. 1898. Musée Bertrand. Chateauroux

Rodin dans son atelier. 1889. Musée de Cambrai

1890-1900 - Liens avec la Suède - Séjour en Andalousie - Strindberg - Contacts avec les impressionnistes et le groupe de Pont Aven - Travaux et expositions.

1890 – Séjourne en Suède. Fin de sa participation au Salon des artistes français. Adhère à la jeune Société nationale des beaux-arts tout juste créée par, entre autres, Ernest Meissonier, Auguste Rodin et Pierre Puvis de Chavannes. Il y exposera jusque dans les années 1920 des peintures, des aquarelles, puis des gravures. Rencontre Armand Guillaumin lors d'un séjour dans la vallée de la Creuse, un an après sa rencontre avec Monet. A Paris, aux Batignolles, est voisin de Renoir, qui promène son fils au Luxembourg.

1891- Travaille, à Stockholm, avec Per Ekström au Birger Jarls basar, des ateliers de la Fédération des artistes. L'occasion d'entretenir ses liens d'amitié avec August Strindberg. Adhère à la Société suédo-norvégienne de Paris, le futur Cercle suédois. Organise à Bréhat avec Armand Dayot le grand banquet républicain de 300 couverts autour d’Ernest Renan.

1892- Naissance de son dernier fils, Yves à l’île de Bréhat. Fréquente là le groupe de Pont Aven :  Maufra, Charles Le Goffic, Anatole Le Braz, Ary Renan, Armand Dayot.

1893 – Mort de son père. Séjour en Andalousie, à Malaga et Séville notamment, d’où il rapportera de nombreux éléments pour ses futures gravures et aquatintes dont Le Soleil (Helsinki, Musée Ateneum) et Les Gitanes (Musée des Beaux-arts de Reims).

1894 – Met Strindberg, de passage à Paris, en lien avec le monde de la presse et du livre. Refuse la proposition de Strindberg d’illustrer la traduction française de son œuvre Les créanciers. Séjour breton avec Georges Charpentier et Sarah Bernardt.

1895 – Devient chevalier de la Légion d'honneur au titre des Affaires Etrangères. Séjour en Creuse.

1897 – Est exclu de la Fédération des artistes de Suède au motif qu’il n’y expose pas assez.

L'étable. 1890

Les espagnoles. Circa 1894

Les espagnoles. Circa 1894

1900- 1914 - La Société Moderne des Beaux-Arts» - Gravure en couleur – Itinérances artistiques- quelques expositions – Allan Osterlind à distance de la nouvelle vague scandinave.

1900 – Expose à la « Société Moderne des Beaux-Arts » nouvellement créée des aquarelles sur des scènes anecdotiques alors à la mode, qui lui valent ce commentaire (Arts Décoratifs - décembre 1900) : « M. Osterlind n’expose que des aquarelles, telles « l’auscultation », « la rebouteuse »,  (…), « le mal de dents ». C’est bien là, l’observation incisive, l’ardent coloris, le dessin ferme du maître suédois qui a peint jadis la vie rustique de la Bretagne avec tant de sincérité et d’émotion ... »

1901 – Démissionne de l’Association des artistes suédois. Séjours en Creuse et en Espagne. Expose au Salon de la S. N. B. A. et dans une galerie parisienne.

1903 - Devient sociétaire du Salon annuel de la gravure originale en couleur, créé par Rafaëlli. Long article d’Henri Frantz sur ses eaux fortes dans la revue anglaise The Studio.

1905 – Mariage de sa fille Annette avec Edouard Sarradin, rédacteur au journal des Débats et futur conservateur du musée de Compiègne.  Séjours en Creuse, Normandie et Espagne.

1907 – Pneumonie de son fils Anders qui a besoin d’être soigné dans le midi. Pour financer le voyage, Österlind demande à Rodin de lui trouver un client pour une de ses œuvres.

1909 - 1911 - Séjours à Penvern en Bretagne. Réalise la grande toile La Présentation de la population à Notre-Dame de la mer et le triptyque Le Printemps de la vie, qu'il apporte à l'école Katarina de Stockholm. 

1913 – Après une absence de plusieurs années, expose à la S.N.B.A « Les Servantes » qui lui vaut ce commentaire de Guillaume Apollinaire : « Je goûte avant tout, dans cette salle, la toile « Les Servantes » d’Osterlind, d’un métier simple, large, d’une précision si indépendante. »

Vue de Gargilesse (vallée de la Creuse) vers 1906

Le printemps de la vie. 1909. Le  triptyque, Stockholm , école Katarina.

1914 – 1938 La guerre - Disparition de ses camarades de jeunesse - - derniers séjours dans le midi, en Creuse et à Bréhat.

1914 – Séjourne à Cagnes-sur-Mer, dans le Midi, puis en Bretagne. La guerre le surprend à Bréhat qu’il doit évacuer pour Plougrescant, sur la côte à quelques kilomètres de là :  « Nous avons été, avec tous les étrangers, chassés de Bréhat, car toutes les maisons devaient servir pour y installer des soldats. Je suis désolé d’être réduit à l’état de déchet militaire ; mon cœur s’est déjà ressenti de toutes ces misères...... que Dieu vous protège. Vive la France !  ». Yves entre dans les fusiliers marins, Anders est ambulancier, Allan s’occupe des blessés à Tréguier.

1916 – Décès de sa femme Eugénie. Allan s’installe rue Campagne-Première chez son fils Anders.

1917 - 18 - Séjourne à Cagnes sur Mer.

Années 20. Disparition de ses camarades de jeunesse : après Josephson en 1898, Larsson et Bergh en 1919, Zorn en 1920, Hagborg en 1921, Nördström en 1923, Skredsvig en 1924, et en 1923 l’ami Johanson.

1922 à 1938 – Alterne des séjours entre Paris, Compiègne, la Creuse, et Bréhat où il laisse une collection de portraits peints sur verre des habitants de l'île, à l’Hôtel Central Les Décapités.

Bréhat - La croix ce Bréhat. 1917

L'ile de Bréhat en 1918

Enseigne de l'hôtel des Décapités à Bréhat où Osterlind a laissé une collection de portraits peints sur des verres.

Maison de Provence. Cagnes sur mer 1919

Village de Provence. 1919

Arbres. Circa 1917

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